Patrimoine oublié

Hors des lieux de passage mais pourtant si près de vous, des mondes oubliés subsistent.

Arrêtez-vous et regardez les, ces ruines que nous avons pris l'habitude de ne plus voir.
Vous découvrirez des architectures imposantes rongées par le temps.
Vous observerez la végétation qui poursuit sa reconquête au fil des saisons.
Vous ressentirez le calme assourdissant qui règne dans ces sanctuaires.

Ces édifices, balayés par les courants d'air, sont déserts. Ils conservent cependant les traces de l'activité humaine passée.
L'imagination aidant, les anciens occupants reviendront. Avec vous, ils déambuleront parmi ces vestiges qui furent leur quotidien et souvent leur fierté.
L'espace d'un instant, remontons le temps et redonnons vie à ces lieux pétrifiés.

L'oubli et la décrépitude ont offert une nouvelle majesté à un patrimoine qui se désagrège.
Visitons le une dernière fois avant qu'il ne redevienne poussière.

Il existe un lieu abandonné des hommes. Nul n'arpente plus ce qui reste des escaliers abrupts, des passerelles vertigineuses qui conduisent vers les étages supérieurs inondés de lumière.
Le grondement des machines s'est arrêté, remplacé par un silence éternel que brise parfois le chant de la pluie. L'eau traverse les toits éventrés et s'infiltre dans les méandres inextricables des canalisations. Elle ronge les engrenages, corrode les piliers. Elle caresse le métal et l’habille de textures surnaturelles. Le ruissellement descend dans les profondeurs de l'usine où règne une obscurité absolue et perpétuelle. Perçant difficilement cette noirceur, nos lampes révèlent des machines énormes, inconnues, figées pour l'éternité.

Quelques heures passées sous la terre pour re-découvrir un patrimoine oublié. Un labyrinthe de galeries, des piliers énormes soutenant une voute à une dizaine de mètres. Tout cela plongé dans la nuit perpétuelle.
Par l'un des puits d'extraction, les racines d'un colosse végétal descendent vers les profondeurs, perforent et éclatent la roche.

Voilà maintenant treize ans qu'il n'a plus mis les pieds dans l'usine. L'approche est hésitante, mélange de fascination et de répulsion. L'envie de revoir ces lieux s'oppose à la certitude de la peine qui s'annonce.
Les fenêtres cassées et les murs délabrés mettent déjà en garde le visiteur. L'usine n'est plus que l'ombre de ce dont il se souvient. Malgré tout, d'un geste maintenant résolu, il pousse la porte de ce qui fut pendant des années son travail, sa fierté.

La paroi rocheuse est protégée des regards par quelques vénérables figuiers. Une cascade de lierre inonde la falaise. Ce mur végétal abrite une ouverture béante d'où émane fraicheur et humidité. Les moustiques y pullulent mais l'affrontement avec ces gardiens vindicatifs est de courte durée et nous pénétrons bientôt dans le royaume des ténèbres.

L'image se précise. Perdue à la lisière de la conscience, la demeure surgit au milieu des vergers délaissés. Une lumière blafarde enveloppe cette illusion de l'esprit. L'éveil est proche. La vision s'estompe et la demeure s'éloigne. Bientôt, pour toujours, tout disparaitra.

Dominant la rivière, le château émerge des frondaisons tel un vaisseau surgissant du brouillard. Le navire semble toujours vaillant mais quelques fenêtres cassées, comme autant de hublots brisés, rappellent les tempêtes et coups de vent qu'il a affronté.

A l'heure où l'obscurité laisse la place à une timide clarté, apparaissent les marches d'un château abandonné, niché dans la falaise. Masqués par la bâtisse et noyés dans la végétation, des cavages percent la paroi rocheuse.
Les nombreuses ouvertures donnent accès à un réseau très étendu. La hauteur sous plafond dépasse rarement 1m50 obligeant à une progression des plus pénibles.

Étrange architecture tourmentée. Au fil de couloirs obscurs et d'escaliers improbables, le visiteur est conduit toujours plus haut dans cette bâtisse désertée. D'où provient cet appel lugubre?
L'escalier final donnera la réponse.

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