Patrimoine oublié

Hors des lieux de passage mais pourtant si près de vous, des mondes oubliés subsistent.

Arrêtez-vous et regardez les, ces ruines que nous avons pris l'habitude de ne plus voir.
Vous découvrirez des architectures imposantes rongées par le temps.
Vous observerez la végétation qui poursuit sa reconquête au fil des saisons.
Vous ressentirez le calme assourdissant qui règne dans ces sanctuaires.

Ces édifices, balayés par les courants d'air, sont déserts. Ils conservent cependant les traces de l'activité humaine passée.
L'imagination aidant, les anciens occupants reviendront. Avec vous, ils déambuleront parmi ces vestiges qui furent leur quotidien et souvent leur fierté.
L'espace d'un instant, remontons le temps et redonnons vie à ces lieux pétrifiés.

L'oubli et la décrépitude ont offert une nouvelle majesté à un patrimoine qui se désagrège.
Visitons le une dernière fois avant qu'il ne redevienne poussière.

Je parcours une ruine que la divine lumière n'atteint plus. L'atmosphère y est glaciale et dérangeante, presque effrayante.
Cette église qui a perdu son âme, aspirée dans le néant, abrite encore d'admirables vestiges séculaires et quelques vitraux que le temps dévore.

Le temps de sa toute première descente sous la terre est maintenant venu. C'est le moment pour lui de découvrir en ma compagnie ces étranges sanctuaires où le temps s'est arrêté. Quelques coups de pagaies nous éloignent de la berge et nous glissons lentement sur une eau limpide qui répercute ses reflets sur les mille nuances de la pierre.
Nous évitons des galeries qui abritent des colonies de chauve-souris en hibernation à quelques centimètres de la surface. Sans les déranger, nous nous enfonçons plus avant et l'embarcation nous mène de galeries en galeries à la découverte de dessins, inconnus de tous, qui parsèment les parois.

Je vous convie à une découverte qui s'écarte de mes habituelles visites car c'est d'un bond d'un millier d'années dans le passé dont il s'agit ici.
La très ancienne chapelle troglodytique fut mise à jour lors de l'effondrement d'un partie de la falaise qui l'abritait. Dans ce petit labyrinthe, les couloirs sont tortueux et les salles qui étaient noyées dans la falaise débouchent maintenant sur des ouvertures béantes au dessus du vide. Des banquettes de pierres, d'un confort austère, entourent un autel monolithique qui recueillit les prières des ascètes.

Des chênes majestueux, des rhododendrons centenaires et quelques digitales mortelles masquent une merveille glacée qui émerge au bout de l'allée sinueuse. Je suis entré sur le domaine par un flamboyant matin d'été et me voici sans transition dans la mélancolie d'un automne éternel sur lequel le cycle des saisons s'est immobilisé à dessein.
C'est maintenant le temps de la somnolence, qui offre au château une fragile protection contre la sénescence et l'entropie mais les couleurs, enfuies, ont laissé place à un linceul gris qui recouvre toutes choses.

Me voici au cœur du colosse qui me domine et m'écrase. Je suis englouti par l'ombre qu'il projette et que le disque de lumière, bien loin au dessus de moi, ne parvient pas à dissiper. L'oppressante atmosphère, chaude et humide, stagne, prisonnière de la forteresse tout comme je le suis de ces parois de bois et de béton.
Je devine que ces monuments inertes cachent les accès aux mythiques cités obscures qui abritent toujours leurs créateurs insensés. Des créateurs qui guettent avec une absolue patience le moment de l'éveil et de leur nouvelle suprématie.

Vous est-il déjà arrivé de rêver d'un lieu qui, au réveil vous marque et auquel vous repensez pendant des mois voire des années?
Cette carrière est comme un rêve éveillé qui m'accompagne depuis la première visite d'il y a deux ans. J'y songe souvent, avec cette envie irrépressible d'y revenir régulièrement.

Dés les premiers pas à l'intérieur du manoir, c'est une profusion de couleurs et de détails qui viennent enchanter le regard. Les salles somptueuses sont richement meublées, désertes mais intactes de toute dégradation. L'architecture du manoir est au service de la lumière. En franchissant les vitraux, les rayons solaires capturent les teintes et viennent éclabousser de couleurs l'escalier majestueux recouvert d'un épais velours.

Le chemin tortueux ressemble à un long reptile qui s'infiltre dans la sylve. Des arbres vénérables se courbent sur mon passage, donnant leur assentiment à cette incursion dans leur domaine. C'est donc avec déférence et prudence que j'avance sous leur ramure vers ce que je sais être une clairière singulière perdue dans le vert océan. Les arbres s'écartent, comme tenus à distance par l'atmosphère de malaise qui émane du manoir. Il est enfin là, hautain mais délabré, dressé dans son habit de décrépitude. J'entre.

Quelques heures passées sous terre à arpenter des galeries envahies par les eaux. Sous l'action de nos pas, la couche de calcite qui affleure à la surface se fragmente et produit des chuchotements qui se propagent loin dans les couloirs inondés. Une carrière de faible envergure mais qui possède de beaux volumes et deux dessins dont l'un représente les outils du carrier.

Un souffle léger gravit l'admirable spirale d'un escalier qui l'emmène vers les hauteurs. Il se mue alors en vives rafales lorsqu'il atteint la salle d'observation et s'échappe par les fenêtres éventrées.
C'est désormais le seul bruit qui résonne encore dans la tour depuis le départ de la vigie. Elle qui veilla pendant des décennies sur la frontière avec les territoires sauvages est désormais devenue inutile.

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