Patrimoine oublié

Hors des lieux de passage mais pourtant si près de vous, des mondes oubliés subsistent.

Arrêtez-vous et regardez les, ces ruines que nous avons pris l'habitude de ne plus voir.
Vous découvrirez des architectures imposantes rongées par le temps.
Vous observerez la végétation qui poursuit sa reconquête au fil des saisons.
Vous ressentirez le calme assourdissant qui règne dans ces sanctuaires.

Ces édifices, balayés par les courants d'air, sont déserts. Ils conservent cependant les traces de l'activité humaine passée.
L'imagination aidant, les anciens occupants reviendront. Avec vous, ils déambuleront parmi ces vestiges qui furent leur quotidien et souvent leur fierté.
L'espace d'un instant, remontons le temps et redonnons vie à ces lieux pétrifiés.

L'oubli et la décrépitude ont offert une nouvelle majesté à un patrimoine qui se désagrège.
Visitons le une dernière fois avant qu'il ne redevienne poussière.

La fantastique structure est profondément ancrée dans le sol de la plaine. Ses parois s'élancent si haut à l'assaut du ciel que la végétation chétive a renoncé à coloniser le géant. Aucune vapeur, aucun signe d'activité n'indique qu'il ait un jour traversé l'espace. Depuis combien de millénaires ce gigantesque vaisseau est-il immobile, attendant une remise en route des réacteurs?

Sitôt franchi le seuil de ces mondes, il quitte l'univers connu pour devenir le souverain d'un étrange royaume sans sujet. Un royaume silencieux qui n'est pourtant pas inerte et qui lui transmet les souvenirs et la nostalgie de temps disparus. Ces endroits désertés, il les connaît par cœur. Il les recherche même, ensorcelé par les visions qu'ils lui procurent, répondant à un appel que lui seul peut entendre.

Le temps du silence qui régnait ici depuis longtemps touche maintenant à sa fin. Les instruments sont prêts, les musiciens fantomatiques sont en place et guettent le signal. Derrière la colline, un lointain murmure vient de naître.
L'ouverture est longue, simple et discrète. Les lueurs de l'aube ont réchauffé les tuiles et dilaté la charpente qui craque doucement, rompant parfois le leitmotiv du chant des tourterelles. Les arbres caressés par les vents bruissent faiblement.
Ce matin pourrait ressembler aux matins ordinaires dans une demeure poussiéreuse mais un calme inhabituel présage d'un trouble imminent. La lumière devient verdâtre puis décline, chassée par les sombres nuées qui enveloppent le château. La force des vents s'accroît, annonçant l'arrivée de la grande tempête.

On franchit le seuil de cet univers en silence tant la majesté de l'endroit impose l'humilité. Là plus qu'ailleurs, il est étrange de constater que l'homme a jadis déployé des efforts titanesques pour creuser pendant des années ce labyrinthe ténébreux. Quelle divinité désormais déchue a pu justifier la construction d'un tel cénotaphe?

Heureux ceux qui ont l'âme simple et dont la foi balaye toutes les incertitudes.
La voie vers la délivrance semble dénuée d'obstacle et les sombres chemins de traverse défilent sans un regard.
Il est dit qu'ils connaîtront la joie et la radieuse lumière de l'apaisement. Il ne peut donc en être autrement.
Heureux ceux pour qui la foi triomphe des autres vérités et qui n'ont pas conscience d'un inéluctable destin.


Quelques pas sous terre, au long de galeries inondées. Le réseau se propage sous la surface et seule une entrée masquée par la végétation laisse encore deviner les restes d'une carrière d'extraction de pierres.
Ici est à l’œuvre un important processus de calcification qui pétrifie rapidement les artefacts humains.


    L'usine expire ici sous un linceul d'acier,
    Glaciale splendeur couverte de poussière.
    Un spectre de l'oubli hante ce cimetière
    Où gisent les espoirs du grand peuple ouvrier.


    Œuvrant avec ardeur, des légions oubliées,
    Forçats d'une industrie exténuant nos pères,
    Changèrent le pays en provinces prospères
    Dont ne subsistent plus que ruines figées.


Un lointain cri de rapace extirpe le promeneur de sa marche léthargique. Effrayé, l'oiseau propage sa peur aux hôtes de la forêt qui s'enfuient en désordre.
La torpeur s'estompe et le regard de l'intrus, soudain en alerte, balaie le paysage. Il s'attarde un instant sur quelques maigres arbres qui émergent de l’enchevêtrement de végétation acérée. L'œil chemine de buissons en taillis, de cimes en bosquets. Il plonge dans de sombres tunnels de verdure et s'arrête enfin sur une haute façade de pierre dont les cheminées déchiquetées partent à l'assaut des nuages.

Depuis des heures les grands oiseaux majestueux glissent sur les ailes du vent, d'un vol rapide qui les porte vers une destination gravée dans leur mémoire ancestrale.
Les plumes bruissent à peine lorsque le groupe vire et s'élève en une large spirale enlaçant des courants thermiques. De rares et amples battements d'ailes viennent ponctuer l'ascension et les puissants cris rauques colportent à des kilomètres la nouvelle: la grande migration des grues cendrées est en cours.
Loin à l'horizon, une lueur perce la brume matinale. Le soleil levant vient de frapper les murs immaculés d'une belle demeure nichée prés d'un lac. Ce repère est depuis des générations le phare terrestre qui balise le parcours des grands voyageurs aériens. Leur vol puissant les conduit vers la lumière et là, à quelques centaines de mètres sous les ailes frémissantes, se dévoile un domaine mystérieux entouré d'un jardin où les bassins scintillent.

Il est des mondes étranges qui semblent appartenir à un autre univers. Enfouis sous la surface de la terre, il n'y règne plus que silence, obscurité et froid glacial. Ces domaines inexplicables possèdent des accès cachés que l'aube révèle fugitivement. Lorsqu'il frôle encore l'horizon, l'astre solaire lance quelque rayons vers les sombres ouvertures qui déchirent la falaise et, dans la pénombre, apparaissent alors les silhouettes majestueuses de piliers colossaux érigés par les géants d'une race disparue.


Puis le soleil continue son ascension et la lumière bat lentement en retraite, replongeant le domaine dans sa noirceur insondable. Les formes un instant entrevues défendent l'entrée des grands labyrinthes de pierre. Si l'on s'aventurait au delà, nul doute que nos pas nous conduiraient dans les galeries tortueuses d'un dédale vertigineux.


Après des siècles d'abandon des voûtes s'effondrent, des piliers se délitent et les couloirs conduisent maintenant à des salles englouties. Loin sous la surface des eaux cristallines, les galeries se perdent dans des abysses d'un bleu profond et inquiétant. Ces mondes dont le souvenir s'est perdu appartiennent maintenant à la nuit des temps.

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