Il existe un lieu abandonné des hommes. Nul n'arpente plus ce qui reste des escaliers abrupts, des passerelles vertigineuses qui conduisent vers les étages supérieurs inondés de lumière.
Le grondement des machines s'est arrêté, remplacé par un silence éternel que brise parfois le chant de la pluie. L'eau traverse les toits éventrés et s'infiltre dans les méandres inextricables des canalisations. Elle ronge les engrenages, corrode les piliers. Elle caresse le métal et l’habille de textures surnaturelles. Le ruissellement descend dans les profondeurs de l'usine où règne une obscurité absolue et perpétuelle. Perçant difficilement cette noirceur, nos lampes révèlent des machines énormes, inconnues, figées pour l'éternité.


Le matériel agonise. Engrenages, chaînes, roues et tambours, cadrans et manettes sont soudés par la rouille. Des planchers s'effondrent, précipitant des machines vers l'abîme.


Ce sanctuaire de métal nous raconte une histoire, celle de ces ouvriers du minerai, peinant à la tâche dans des conditions éprouvantes. Bruits, chaleur, humidité transformaient ce labeur en enfer. Dans le dédale d'acier subsistent quelques anciennes traces de présences. Les prénoms sont inscrits sur les tiroirs. Des effets personnels traînent dans les casiers délabrés et les registres jonchent le sol d'un atelier désert. Seule une ombre, immense, parcourt encore inlassablement les méandres du labyrinthe et nimbe les machines d'une aura de mélancolie. C’est l’ombre d’un souvenir, celui d'une grande époque révolue.

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