Une quinzaine d'entrées de cavage sont alignées sur un kilomètre. Les pentes d'accès entaillent la couche d'humus et conduisent à des parois verticales percées de nombreux orifices. Excavations et effondrements ont créé des espaces humides, isolés de l'environnement extérieur. Ces écosystèmes miniatures favorisent un développement exubérant de la végétation. Les lianes, la mousse et les fougères scolopendres sont incrustées dans la pierre et la désagrègent lentement.


Dès l'entrée, les volumes de la carrière impressionnent. De nombreux piliers fins et très espacés soutiennent la voûte située à une dizaine de mètres au dessus de nos têtes. Les infiltrations et les racines ont effectué un important travail de sape. Le ciel est en mauvais état ainsi que plusieurs piliers qui présentent des fractures récentes et inquiétantes. Des fissures, larges de quarante centimètres, courent le long des piliers, montent jusqu'à la voûte et se prolongent sur une cinquantaine de mètres au plafond avant de redescendre le long d'autres piliers. Cette partie de la carrière est menacée d'un énorme effondrement à court terme.


Le calcaire de ces carrières est blanc à grain très fin. Il a pu être employé pour la réalisation de bas-reliefs de qualité comme en témoignent les sculptures inachevées présentes dans l'atelier de taille souterraine que nous découvrons.
Les machines utilisées pour la découpe ont permis l'extraction de blocs monumentaux qui jonchent les couloirs et les salles. Ces empilements de centaines de blocs transforment les lieux en un labyrinthe chaotique et démesuré.


Les murs et piliers sont couverts d'inscriptions allant de la fin du XIX ème au milieu du XXème siècle. Ces textes de différents auteurs ont en commun une écriture fine et très élégante. Les majuscules sont travaillées et plusieurs styles existent, allant du cursif au gothique. Les thèmes abordés sont ceux, classiques, des femmes et de la politique auxquels s'ajoutent des poèmes sur la guerre. Quelques dessins sont visibles dont un magnifique portrait en pied d'une demoiselle élégamment vêtue.
Des effondrements ayant bloqués certains passages, nous n'avons exploré qu'une infime partie du sous-sol qui s'étend sur plusieurs hectares. Il nous reste cependant une dizaine d'entrées non visitées qui nous promettent encore de nombreuses heures de découvertes.

Le Forgeron de la Paix - 1880
Lucien Delormel, Gaston Villemer

 

Moi, répondit l'étrangère
Dans les sillons, je mets du sang
Reconnais moi, je suis la guerre
Et forge mon sabre à l'instant !
Le forgeron saisit la lame
Mais la broyant sous son outils
Il lui dit : "Sois maudite, ô femme !
Toi qui un jour, a pris mon fils.

Le Soldat de Marsala - 1870
Gustave Nadaud

 

Nous étions au nombre de mille,
Venus d’Italie et d’ailleurs,
Garibaldi, dans la Sicile,
Nous conduisait en tirailleurs :
J’étais un jour seul dans la plaine
Quand je trouve en face de moi
Un soldat de vingt ans à peine
Qui portait les couleurs du roi.
Je vois son fusil se rabattre :
C’était son droit ; j’arme le mien,
Il fait quatre pas, j’en fais quatre,
Il vise mal, je vise bien.

 

Ah ! Que maudite soit la guerre
Qui fait faire de ces coups-là ;
Qu’on verse dans mon verre
Le vin de Marsala !

 

Il fit demi-tour sur lui-même.
Pourquoi diable m’a-t-il raté ?
Pauvre garçon ! il était blême ;
Vers lui je me précipitai.
Ah ! je ne chantais pas victoire,
Mais je lui demandai pardon.
Il avait soif, je le fis boire,
D’un trait il vida mon bidon.
Puis je l’appuyai contre un arbre
Et j’essuyai son front glacé :
Son front sentait déjà le marbre.
S’il pouvait n’être que blessé… !

 

Ah ! Que maudite soit la guerre
Qui fait faire de ces coups-là ;
Qu’on verse dans mon verre
Le vin de Marsala !

 

Je voulus panser sa blessure,
J’ouvris son uniforme blanc ;
La balle, sans éclaboussure,
Avait passé du cœur au flanc.
Entre le drap et la chemise,
Je vis le portrait en couleurs
D’une femme vieille et bien mise
Qui souriait avec douceur.
Depuis, j’ai vécu Dieu sait comme,
Mais tant que cela doit durer,
Je verrai mourir le jeune homme
Et la bonne dame pleurer.

 

Ah ! Que maudite soit la guerre
Qui fait faire de ces coups-là !
Qu’on emporte mon verre !
C’était à Marsala.

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